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Les chiffres 2017 de l’édition jeunesse

Les chiffres 2017 de l’édition jeunesse

Rencontre avec Thierry Magnier et Moïse Kissous.

L’édition jeunesse est le quatrième secteur en valeur de l’édition française. Malgré cette place de choix, elle a connu en 2017 une légère baisse de son activité. Celle de la BD tend, elle, à s’accroître. Rencontre avec Thierry Magnier et Moïse Kissous

Selon le rapport 2017 du S.N.E. le secteur de la jeunesse a connu pour la première fois de son histoire une baisse de son activité de 6,58 %. Qu’est-ce qui, selon vous, explique cette situation ?

Thierry Magnier, Président du groupe jeunesse du Syndicat National de l’Édition :

La baisse du chiffre d’affaires est plus importante sur le secteur de la lecture des adolescents et des jeunes adultes. Or, d’après notre analyse, s’il y a un recul de ce secteur, c’est peut-être parce que ces lecteurs ont délaissé le livre au profit d’autres types de pratiques culturelles, comme les séries en streaming. Si les adaptations en livre ont marché un temps, le chiffre s’est progressivement effondré. D’où notre intérêt, aujourd’hui, à valoriser la littérature adolescente et ses auteurs comme à travers le Prix Vendredi.

La jeunesse représente 19,8 % de la part des livres imprimés, et près de 16 988 titres ont été publiés en 2017. Peut-on parler de surproduction ? Si oui, comment l’expliquer ? Quelles seraient les pistes de réflexion pour la freiner ?

T.M. :

Qu’est-ce qu’une surproduction ? Comment l’évalue-t-on ? Au fond, il n’y a jamais assez de bons livres ! Je pense qu’il nous faut réfléchir à cibler davantage sur nos sorties, c’est une évidence. Depuis plusieurs années, le tirage moyen a énormément baissé, tout comme la mise en place moyenne. Les éditeurs n’ont pas tous les mêmes problématiques de production, donc il n’y a pas de solution évidente. Mais ils sont conscients qu’il n’y a plus de place dans les librairies, et ils vont essayer d’arranger les choses.

Quels sont pour vous les grands enjeux du secteur jeunesse pour les années à venir ?

T.M. :

Notre métier, en tant qu’éditeurs, c’est de continuer à faire de beaux livres, autant dans leur fabrication que dans leur contenu. Si nous sommes force de proposition du point de vue du sens, nous donnerons non seulement le goût de la lecture, mais aussi celui de l’objet livre.

À nous de jouer la carte de l’importance du papier. Nous avons cette chance en France d’avoir un vivier important de créations très reconnues à l’étranger, et notamment à Bologne où elles reçoivent de très nombreux prix. Il faut continuer à cultiver cette distinction française et entretenir notre richesse.

Le secteur de la BD/mangas/comics a connu une hausse de 13% de son activité en 2017. Certains affirment que c’est « l’effet Astérix». Qu’en pensez-vous ?

Moïse Kissous, Président du groupe des éditeurs BD du Syndicat National de l’Édition :

Le segment de la BD connaît une belle progression, et la jeunesse en particulier. La hausse s’élève, à mi-juillet, à 10% de son volume et 6 % de sa valeur. Cela montre bien qu’il y a une dynamique hors Astérix. Elle est ventilée par des séries plus anciennes comme des plus récentes, qui viennent renouveler et enrichir le marché.

Qu’est-ce qui différencie la BD d’aujourd’hui de celle d’il y a dix ans ?

M.K. :

Elle se différencie par le type de thèmes abordés et les formats qui sont aujourd’hui plus libres – comme pour la BD adulte. L’apport de nouveaux auteurs, qui viennent de la BD mais aussi du roman jeunesse, vient apporter une certaine modernité.

Pendant longtemps, la BD jeunesse a subi une sorte de conformisme dans ses séries, qui étaient plus patrimoniales. Elles se sont aujourd’hui étiolées au profit de nouveaux modes de lecture, d’aspirations et de styles graphiques qui plaisent aux jeunes (et non plus à leurs parents). Il faut noter qu’il y a aussi de plus en plus d’héroïnes, preuve qu’il y a de la place pour les filles dans la BD. L’arrivée d’une nouvelle génération d’éditeurs a beaucoup fait évoluer le genre.

Quels sont les grands enjeux de la BD jeunesse dans les années à venir ?

M.K. :

Nous travaillons actuellement à opérer un rapprochement avec les milieux scolaires, en offrant des supports aux enseignant pour que la BD soit reconnue comme outil pédagogique sur de nombreuses thématiques. Encourager les librairies spécialisées en BD à donner une visibilité encore meilleure à la jeunesse est aussi un des enjeux.