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#NosFuturs : L’interview de Lorris Murail

#NosFuturs : L’interview de Lorris Murail

"Le monde dont je rêve est de nature uchronique"

Il se tisse dans vos ouvrages un va-et-vient entre passé et présent. En quoi vous permet-il d’évoquer le futur ? De lancer des pistes ?

Confucius disait paraît-il que « L’expérience est une lanterne qu’on porte dans le dos et qui n’éclaire que le chemin parcouru ». Je suis un nostalgique anxieux, jamais bien dans mon présent, vivant dans le regret du passé et la crainte de l’avenir. Mon humeur oscille entre fatalisme et dérision. Et je crains que Confucius n’ait raison : nous ne savons pas tirer les leçons du passé. Nous faisons face aujourd’hui à ce qui apparaît comme le plus grand déˆfi de l’histoire de l’humanité : maintenir à la surface de la planète des conditions propices à la survie de l’espèce (celle de nos enfants, petits-enfants…).

Quelle réponse donnons-nous ? Munich ! Soit de petits arrangements entre ennemis dont on sort soulagés, dans l’illusion d’avoir remis la catastrophe à une date ultérieure.

En tant que lecteur de SF, quelles lectures ont été structurantes pour vous pour évoquer ce thème ? 

Ma préférence va depuis toujours aux auteurs qui portent des visions à court terme, à ceux qui braquent la fameuse lanterne dans la gueule de leur présent pour tenter d’éclaircir les brumes de l’avenir. Néanmoins, le détour peut être long. Car c’est cela, la SF : un détour vers le passé, le futur ou l’ailleurs destiné à mieux comprendre qui nous sommes et ce que nous faisons. Certains analysent les méandres de la psychologie humaine (Ph. Dick), d’autres les variations possibles de la sexualité (Ursula Le Guin) ou encore le destin de nos sociétés en proie à divers dérèglements (John Brunner par exemple).

De quel monde rêvez-vous ?

Ma jeunesse c’est Mai 68, le Flower Power, The Summer of Love, les hippies, la contre-culture, Woodstock… Pour être honnête, j’ai traversé tout cela dans un mélange d’ignorance et d’indiffšérence. Avec le temps, j’ai ˆni par admettre qu’il se trouvait là un embranchement, et que nous avions emprunté la mauvaise voie. Le monde dont je rêve est de nature uchronique.

Retournons là-bas et chantons :

If you’re going to San Francisco,

Be sure to wear some flowers in your hair…

If you’re going to San Francisco,

Summertime will be a love‑in there.

Si je pouvais redevenir jeune en même temps, ça m’arrangerait bien (je n’ai plus assez de cheveux pour y mettre des fleurs).

Les derniers ouvrages de Lorris Murail

Chaque chose en son temps, Gulf Stream

L’Horloge de l’apocalypse, Pocket Jeunesse