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L’Éloge de la lenteur : contemplation

L’Éloge de la lenteur : contemplation

Delphine Perret et Rébecca Dautremer nous parlent du thème de cette 35e édition sous l’angle de la contemplation.

Delphine Perret :

Autrice-illustratrice

« En tant qu’auteure, le livre me sert à capturer quelque chose et lui donner une forme de pérennité. Même si je ne m’illusionne pas sur la longévité d’un livre, je vois bien que c’est mon réflexe premier. Celui d’inscrire quelque chose dans la durée. De lui donner une place. C’est particulièrement vrai avec les micro-événements, les instants ténus. Comme dans les 2 tomes de Björn. J’ai besoin de garder trace de ces petites choses qui me semblent un peu impalpables. C’est une manière de les faire remarquer à d’autres et de montrer leur valeur.

J’aimerais que les enfants aient des cours de jardinage à l’école. Semer, voir croître, récolter… C’est un autre rapport au temps et aux choses. J’aimerais aussi que les enfants aient le temps de souffler. Leur emploi du temps chronométré me fait peur.

Ce que m’évoque l’éloge de la lenteur, c’est plutôt la capacité à être contemplatif. L’inverse du temps « utile », rentable, rempli. Le problème c’est de ne pas avoir le choix, de ne pas pouvoir échapper au rythme imposé.

C’est toujours possible, bien sûr, mais aujourd’hui, cela ne va pas de soi. C’est quelque chose qu’il faut aller chercher, à contre-courant. Ne pas être joignable, s’autoriser la flânerie, être en décalage. Mon ours Björn vit à un rythme différent du notre. J’aurais peut-être imaginé un héros très actif si notre monde avait été celui de la lenteur !

Il me semble qu’il s’agit plus largement de la question de notre usage du temps. Nous voulons faire toujours plus de choses mais nous n’avons pas plus de temps.
Je le vois parfois comme le signe d’un appétit de vie. Et parfois je trouve inquiétant que le temps soit traité comme un produit de plus à consommer, dont il faudrait profiter jusqu’à la moindre miette. »

Kaléidoscopages, Rouergue, octobre 2019

Autres titres : Les ateliers, photographies Eric Garault, Les Fourmis Rouges, novembre 2019 / C’est un arbre, Rouergue, octobre 2019

 

Rébecca Dautremer :

Autrice-illustratrice

« L’éloge de la lenteur se couple naturellement à celui de la contemplation. En littérature jeunesse, les personnages prennent plaisir à s’allonger dans l’herbe pour écouter les oiseaux, distinguer des formes dans les nuages tout en se laissant chatouiller les pieds par les fourmis. Mais s’il est éloge de la contemplation, il n’est pas éloge du vide ou de l’ennui.

La contemplation et le plaisir des choses simples, j’y suis favorable, mais il faut savoir multiplier les expériences. Le monde a l’air d’aller en accélérant, c’est à nous de réussir à bien placer sa précipitation, qui peut être un bouillonnement intellectuel, rempli d’émotions. Je suis pour la course, mais il faut courir derrière le bon lièvre.

Quand je prends moi-même du temps pour créer un livre, j’ai aussi envie que mon lecteur contemple les pages. J’aime ajouter des détails pour qu’il se plonge dans un monde où il va passer du temps, où il aura beaucoup à voir, où il fouillera attentivement avec patience. Il pourra y voir une foultitude de petites choses simples d’une grande beauté, de celles qui rendent heureux, et qui remplissent énormément une vie – bien plus qu’en courant après l’exceptionnel, plus rare. »

Midi pile – Une aventure de Jacominus Gainsborough, Sarbacane