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L’Éloge de la lenteur : Jean-Gabriel Ganascia

L’Éloge de la lenteur : Jean-Gabriel Ganascia

Enseignant au Laboratoire de Recherche en Informatique (Sorbonne Université), président du Comité d’éthique du CNRS, philosophe, Jean-Gabriel Ganascia nous parle du thème de cette 35e édition avec son regard de spécialiste.

À l’heure de l’intelligence artificielle, comment percevez-vous l’idée de faire l’éloge de la lenteur?

« La difficulté que nous rencontrons avec les techniques en général, avec les automatismes du monde moderne, c’est celle de la différence de rythme entre la machine et l’homme. Elle est souvent trop rapide ou même trop lente. Cette difficulté conduit à un besoin de synchronisation, et donc que la machine s’adapte à nous et pas l’inverse. C’est l’idée transhumaniste de mettre la machine au service de l’homme et non l’homme au service de la machine. Ces questions sont centrales pour la société moderne en général. Je crois que l’idée de faire des machines dont l’homme serait le seul responsable et qui s’adapteraient à son rythme, est de plus en plus importante.

Sur la lecture, je crois qu’il y a une question importante : le nombre de livres est très considérable et l’hypertexte (comme par exemple le web) a tendance à permettre une lecture en diagonale et une rapidité de la lecture. La question est maintenant de se demander si c’est une fatalité. Je ne pense pas que ça soit le cas. C’est pour ça que je travaille sur les humanités numériques, qui sont ces techniques qui vont équiper les discours traditionnels avec des outils informatiques, et qui permettent des lectures différentes, plus approfondies. Elles vont aboutir à une lecture plus dense en mettant en rapport plusieurs facteurs, en regardant, par exemple, les différentes apparitions des termes d’un texte, en mettant en valeur à quoi cela fait écho etc.

Le but de l’hypertexte, c’est de lire moins pour arriver plus vite au but, mais on peut aussi le voir comme étant une relecture différente, plus riche. Avec les théories qui relevaient de l’herméneutique, la science de l’interprétation des textes, on peut alors déployer la lecture grâce aux nouveaux outils de l’intelligence artificielle, et c’est une chance que l’on a. S’il y a une profusion plus grande de livres, il y a aussi une possibilité de lire plus en profondeur, et dans la lenteur. »

 

Derniers titres

Le Mythe de la Singularité : faut-il craindre l’intelligence artificielle ?, Seuil/Points (réédition), 2019
Ce matin, maman a été téléchargée, sous le pseudonyme de Gabriel Naëj, Buchet/Chastel, 2019
L’intelligence artificielle : vers une domination programmée ?, Le Cavalier Bleu, 2017